Avec la librairie Myriagone : le confinement, pas l’enfermement.

Myriagone : une librairie, une galerie, un café.

En temps ordinaire, quand on se balade à Angers, entre la place du Ralliement la bien nommée et la Maine, il y a un lieu qu’il ne faut manquer sous aucun prétexte : la libraire Myriagone. Créé par Andreas Lemaire à la mesure de sa passion pour la culture en général et pour les livres en particulier, cet espace « hybride » comme il aime à le qualifier, possède tout pour séduire les fous de lecture et les amateurs d’art les plus enthousiastes et les plus ouverts. Par ces temps de confinement, ce libraire indépendant et fier de l’être nous explique comment grâce au « Click and collect », il reste au service de ses clients.

Signe distinctif de cette adresse désormais très courue à Angers : quand on quitte des yeux les étagères qui regorgent d’ouvrages rigoureusement sélectionnés par le propriétaire, on peut la seconde d’après admirer la dernière exposition de la galerie contiguë ou commander une consommation. Pour le créateur, tout ce qui gravite autour des métiers du livre invite à la transversalité et ouvre le champ des possibles, Myriagone ne fait qu’illustrer ce constat. « Le café rend le lieu plus accessible, plus humain », insiste Andreas. On peut légitimement penser qu’il favorise aussi les échanges, les discussions. Étant entendu que tout au long de l’année, la librairie organise des rencontres et des signatures, prétextes à de captivants débats. « J’ai opté pour une approche généraliste en ouvrant mes rayons à la littérature, mais également aux essais, à la poésie, à la bande dessinée, aux ouvrages de Beaux-Arts, aux albums jeunesse entre autres… » Et comme j’ai envie de construire des ponts entre toutes les disciplines, je commercialise désormais des CD et des vinyles consacrés à la musique contemporaine.

Andreas Lemaire, un libraire résolument indépendant. (1)

Quand on interroge Andreas sur son métier de libraire, on sent d’emblée qu’il le prend très à cœur et qu’il l’exerce en privilégiant l’indépendance et l’exigence. Pour lui, pas question de céder à la facilité en sélectionnant tel ou tel titre sous prétexte qu’il figure sur la liste des best-sellers. Même s’il s’efforce d’adopter une attitude résolument ouverte et qu’il se méfie des « chapelles », ses choix l’éloignent souvent des sentiers battus et des gloires rabattus. Se côtoient sur ses étagères de grands noms tels que Samuel Beckett ou Michel Butor par exemple et des écrivains comme Haroldo Conti, Dolores Prato, Conrad Aiken notamment – certes moins connus – mais dont il apprécie particulièrement le travail. Sachant que cet homme passionné aime plus que tout s’enflammer pour les auteurs à la démarche ambitieuse et singulière mais qui souffrent parfois d’un déficit de notoriété. Spécialiste dans son domaine, capable de chroniquer tous les ouvrages présentés sur ses rayons, il prend plaisir — il l’avoue volontiers — à s’aventurer « dans les marges et les creux » que génèrent la littérature en particulier et l’art en général. Il s’applique à y découvrir des pépites. Qu’il s’empresse de faire partager aux inconditionnels de Myriagone.

Confinement oblige, comme tous les autres commerces, la librairie Myriagone a dû fermer ses portes. Mettant à mal son équilibre financier et privant ses « aficionados » de précieuses lectures, denrées particulièrement recherchées par ces temps compliqués. Qu’à cela ne tienne ! Depuis un peu plus d’une semaine, l’établissement pratique le « Click and collect » dans le respect des règles les plus strictes édictées par les Autorités pour combattre le Covid-19. Andreas Lemaire nous en dit plus.

Comment l’idée de mettre en place un « Drive » à l’image des grandes surfaces ou plutôt un système de « Click and collect », nom plus approprié dans le cas de la librairie, a-t-elle germé en toi ?

D’autres libraires à Paris et ailleurs en France ont adopté ce système après l’annonce de la date prévue pour la fin du confinement et je me suis joint à eux. Il faut savoir que la librairie en général représente le commerce le moins rentable de France et que forcément l’« après confinement » risque de générer des difficultés supplémentaires pour beaucoup. Personnellement, j’ai pensé que le « Click and collect » pourrait m’aider à préparer la reprise, à disposer d’un peu d’avance pour remonter la pente… Dans le même temps, j’ai conscience que notre activité a beaucoup à apporter dans ce moment propice à la lecture. Avec les livres et la culture, on peut s’évader, nourrir sa réflexion, avancer… tout en restant chez soi !

Comment le « Click and collect » se traduit-il d’un point de vue pratique et quelles sont les procédures mises en place afin de respecter les exigences du confinement ?

Tout d’abord, il faut souligner que la librairie est toujours fermée au public ! J’ai donc adopté un système de réservations par mail et un planning très rigoureux de retrait des ouvrages devant Myriagone. Les clients sont invités à se présenter à une heure précise pour retirer leurs commandes et je consacre un créneau de dix minutes à chacun. Pourquoi ? Grâce à cette organisation, il n’y a aucune attente et on évite que les gens se croisent. Et même si j’aimerais pouvoir offrir plus de temps à chacun d’entre eux, les règles du confinement sont ainsi tout à fait respectées. Bien entendu, je porte un masque et je désinfecte le terminal carte bancaire après chaque transaction. Par chance, la configuration de la structure se prête bien à cette approche commerciale. De plus, l’emplacement de l’entrée de Myriagone permet de garder ses distances et j’interviens seul. Il n’y a donc pas de risques inutiles pris par quelqu’un d’autre.

Les clients qui adoptent le « Click and collect » se recrutent-ils parmi les habitués de la libraire ou cet autre mode de fonctionnement t’a-t-il fait connaître auprès d’un nouveau public ?

On retrouve une majorité d’habitués puis d’autres qui fréquentent Myriagone occasionnellement. Et forcément quelques visages inconnus jusqu’alors généralement alertés par les articles parus dans la presse à la suite de mon initiative. Je dois dire que je suis particulièrement touché par la fidélité de celles et ceux qui me soutiennent depuis le début. Sans eux, rien n’aurait été possible ! Et quand je m’aperçois que plus que d’habitude encore, ils consultent le site, qu’ils me suivent sur les réseaux sociaux, qu’ils lisent mes chroniques et qu’elles leur donnent envie de lire de nouveaux auteurs, de nouveaux livres, je me dis que ma démarche et mon implication ont certainement un sens.

LIBRAIRIE MYRIAGONE 16 rue Bodinier 49100 ANGERS

Tél : +33 (0)9 81 78 28 02

librairiemyriagone@gmail.com

www.librairiemyriagone.fr

(1) Crédit photographie : P-O Bannwarth